Compte-rendu de la matinale sur la qualité de l’ air intérieur, organisée par l’Association des Allergologues

TEQOYA était présent à la matinale sur la qualité de l’ air intérieur, organisée par l’Association des Allergologues (ARCAA), en partenariat avec l’ADEME. De très intéressantes présentations par des médecins, des chercheurs et des représentants de l’Etat, de la Ville de Paris et de milieux associatifs. Merci à l’ARCAA et Rlab pour cette belle réunion !

Compte-rendu de la matinale sur la qualité de l’ air intérieur, organisée par l’Association des Allergologues (ARCAA), en partenariat avec l’ADEME

Nadia Herbelot (chef service qualité de l'air ADEME) a ouvert les débats en montrant que si certains paramètres de la qualité de l’air urbain s’améliorent au fil des décennies, ce n’est pas le cas des particules, de l'ozone et des oxydes d’azote (NOx) dont les niveaux restent préoccupants. Le chauffage des bâtiment est responsable de 49% des émissions de particules ultra fines :  cette pollution risque de rester élevée tant qu’une évolution en profondeur du parc de moyens de chauffage et/ou des modes de vie n’aura pas eu lieu.
Mme Herbelot a rappelé que le coût de la pollution est de 19 G€/an en France (résultat d’une étude menée en 2016). Pour bien illustrer l’impact en profondeur de la pollution de l'air sur notre société et notre économie, elle livre par exemple cette information frappante : la pollution de l’air peut conduire à des baisses de rendement agricole de 20% !

Sabine Horst (de l'Observatoire Régional pour la Santé d’Ile-de-France) rappelle que la qualité de l'air extérieur influe sur la qualité de l'air intérieur via la ventilation des bâtiments, qui permet aux particules ultrafines de pénétrer.

L'intérieur a ses propres sources de pollution, mais il ne faut pas se croire à l’abri de la pollution extérieure quand on est entre quatre murs ! Les articles de recherche en la matière rapportent souvent un taux de particules ultrafines à l’intérieur de l’ordre de 30% de celui à l’extérieur - ce qui peut être très élevé pendant les pics de pollution !

 

La pollution de l’air a des effets sanitaires à court terme : elle est facteur de déclenchement de crises (pour les malades chroniques) et aggrave une pathologie respiratoire. Il a été mesuré une augmentation de 2 à 7% des passages aux urgences pour crise d'asthme lorsqu'on passe d'un niveau bas a un niveau haut de pollution. Mais son effet prépondérant réside dans les effets à long terme, avec le développement de pathologies chroniques (yeux, nez, gorge, cardiovasculaires et respiratoires). 93% de l'impact sanitaire intervient en-deçà des seuils d'alerte : c'est l'exposition chronique à la pollution qui est la plus toxique.

Air

Le spectre des effets sur la santé s'élargit au fil des découvertes scientifiques (croissance infantile, maladies neuro dégénératives). Une étude récente menée en France a tenté d’établir une quantification des effets épidémiologiques de la pollution de l’air, sur des cohortes de populations homogènes. Résultat : la pollution de l'air représente 9% des décès et 9 mois de perte d'espérance de vie à 30 ans. La pollution est un risque collectif, auquel on peut difficilement se soustraire par un choix personnel.

Les populations les plus sensibles : femmes enceintes, nourrissons, sujets asthmatiques et insuffisants cardiaques, personnes âgées et défavorisées.

Les situations de plus forte expositions : métro/RER, habitacle voiture, intérieur des logements.

 

Concernant l’air intérieur, attention aux antagonismes entre différents objectifs : la réduction des émissions de CO2 ne doit pas entraîner une augmentation des autres polluants (alerte signalée dans un rapport récent de la Cour des Comptes). Hors, la performance énergétique des bâtiments entraîne aujourd'hui une augmentation de la pollution intérieure.

Enfin, le Dr Hélène Sénéchal a dressé un tableau très intéressant des interactions entre allergènes et polluants. Et donc des répercussions de la pollution sur les personnes allergiques. Le Dr Isabelle Bosse fait remarquer que le nombre de personnes allergiques aux pollens augmente et qu’ils voient leurs symptômes aggravés: la pollution de l'air est soupçonnée.

L'allergie touche 20 à 30% de la population dans les pays développés. Elle a plus que doublée ces 20 dernières années. Notre environnement de vie a beaucoup évolué et les médecins pensent que cette évolution est la cause de leur multiplication. Le Dr Dominique Chevalier rappelle que le pollen est désormais considéré comme un polluant et fait l'objet d'une législation de surveillance.

Les allergènes, les pollens en particulier, ont une relation complexe avec les polluants de l’air, qui les transforme et peut faire évoluer leur toxicité

  • Certains pollens (de grosses particules de plusieurs microns) portent des orbicules qui deviennent des particules de 300-500 nm , donc des particules ultrafines.
  • Des polluants (ozone, SO2 ou NO2) fracturent les pollens et les rendent émetteurs de granules allergènes (encore des particules utlrafines)
  • Certains polluants gazeux (NO2), ainsi que l’eau, provoquent l'émission de particules par les pollens
  • Des polluants se déposent sur les pollens pendant le « voyage » de ceux-ci dans l'air
  • L'ozone acidifie les protéines présentes dans les pollens.

Les pollens gardent leur capacité allergénique en air intérieur, pendant un an ! Donc gare aux pollens qui reprennent le chemin des airs (par exemple en séchant, ou en se fractionnant) après être déposé.