Les Respirations 2016 – Les risques liés aux particules ultrafines

Aux Respirations 2016, évènement annuel pour l’avènement d'un air de qualité qui s’est tenu ce 15 novembre à Paris, Bruno Housset (président de la Fondation du Souffle et chef de service Pneumologie au CHI de Créteil) a animé un très intéressant panel sur l'état et les perspectives des recherches en épidémiologie liée à la pollution de l'air. Pour cette édition, l'accent a été mis sur les particules ultrafines.

Francelyne Marano et Amelie Baeza-Squiban (Université Paris Diderot) ont décrit en quoi les nano-particules, également appelées particules ultra fines (taille <100 nanomètres) sont devenues le principal polluant de l’air. Elles ont des sources et des natures très variées, dont on ne sait pas aujourd’hui évaluer l’importance : vents de sables, éruptions volcaniques, épandages agricoles, émissions des moteurs à combustion, etc. Leur masse est très faible (leur part du fameux indicateur PM2.5 peut être très faible) mais elles contaminent tous les environnements : on les trouve en air atmosphérique comme à l’intérieur des bâtiments. Elles pénètrent le corps humain par les voies respiratoire et digestive, mais a priori peu par voie cutanée. Elles franchissent la barrière alvéolaire jusqu'au sang et s'accumulent dans des organes (comme le foie). On a découvert récemment qu'elles pénètrent jusqu'au cerveau via le nerf olfactif et peuvent même passer la barrière placentaire (d’où des impacts sur le développement du foetus, voire plus loin).

Les particules ultrafines sont un vecteur important de développement des pathologies respiratoires, mais pas « seulement ». Elles activent notre système immunitaire sous la forme d’une prolifération cellulaire dans les alvéoles pulmonaires, qui les encombrent et impactent notre respiration. Les particules ultrafines passent la barrière air-sang, diffusent dans l'organisme et influent sur la viscosité du sang, d’où des risques cardia-vasculaires. Enfin les particules produisent des oxydants en excès (liés à leur composition et à leur réactivité de surface). Bien sûr, la nature des nanoparticules influe sur leur toxicité, mais on sait encore peut de choses à ce sujet. Pour le moment, la définition européenne ne tient compte que de la taille. Encore beaucoup de choses à faire pour mieux identifier les effets des différentes natures de particules (différentier combustion, silice, métaux issus des systèmes de freinage, etc.). En plus "les particules sont vicieuses" et leur composition évolue avec le temps et le milieu environnant.

Isabella Annesi-Maesano et Sarah Lyon-Caen (de l’Inserm) ont présenté un panorama des recherches épidémiologiques pour mieux qualifier l’impact de la pollution aux particules, notamment sur les phases initiales de la vie (foetus et petite enfance) pendant lesquelles la vulnérabilité à la pollution est plus importante : impact sur la croissance et, à plus long terme, impact sur le développement neurologique et cardiovasculaire. La pollution altère également la fonction des gènes (perturbateurs endocriniens) mais les mécanismes sont encore mal connus (études en cours via le placenta des femmes enceintes).

Rappel sur les causes de pollution de l’air intérieur : les moisissures sont une source importante de particules et une des premières causes de maladies respiratoires. Elles sont présentes dans 30% des logements de la région parisienne ! Les principaux polluants en terme de risque pour la santé sont l'ozone et les particules. Avec les moisissures, ils sont les principaux responsables de maladies respiratoires.

Enfin, Philippe Hubert (Ineris) a présenté le concept d'exposome et la discipline associée, l'expologie : l’étude et la quantification de la somme des polluants auxquels on est exposé ; mais également de l'incorporation des polluants par les organes.

Quelques données épidémiologiques passées et contemporaines :

  • Conséquence sanitaire du smog de Londres de 1952 (4 jours) : +10% d'asthme observé dans le temps parmi les enfants de 1952
  • A Mexico, la pollution de l’air est responsables de cas d'enfants morts-nés, de sous-poids chez les nourrissons (environ 10%) et de fragilités respiratoires.

Les milieux ruraux ont enfin fait l’objet d’une discussion parce qu’ils ne sont pas à l’abri de la pollution : les particules de combustion biomasse (chauffage au bois) et les épandages (transport sur de longues distances). Le chauffage par biomasse (bois) est en développement en Europe et pourrait devenir une source importante de pollution dans les années à venir. Illustration : dans la vallée de Chamonix, il a été établi pendant la période de fermeture du tunnel du Mont-Blanc que c'est le chauffage au bois plus que le trafic routier qui est responsable des fréquents dépassements de seuil de pollution. Toujours concernant la pollution en milieu rural ; ce ne sont pas les nitrates d'ammonium de l'épandage qui sont particulièrement toxiques, mais leurs polluants secondaires (sous forme de particules ultrafines, encore elles).