Pollution de l’air, un risque sous-estimé

Le livre Ecological Economics publié en 2013 établit un lien fort entre le bien-être et la qualité de l’air. L’exposition à de forts niveaux de pollution de l’air nuit significativement au bien-être déclaré par les personnes interrogées. Des données nouvelles permettent d’approfondir cette question : y a-t-il un lien significatif entre la pollution de l’air perçue par la population, et la pollution réelle ?

Des avis très partagés sur la qualité de l’air, en France comme en Europe

Un sondage, publié en 2016 par l’institut d’études statistiques de la Commission Européenne, montre que les avis divergent fortement parmi les Européens quant à la gravité de la pollution de l’air :

Pollution insatisfaction

Le sondage, réalisé en parallèle dans 27 villes européennes, révèle que les Méditerranéens sont moins satisfaits que les Européens du Nord. Les Français se situent dans l’entre-deux, puisque Parisiens et Marseillais se soucient beaucoup de l’air qu’ils respirent, contrairement aux Bordelais et aux Lillois.

Pourquoi de telles disparités ? Comment s’expliquent l’inquiétude des uns et l’insouciance des autres face à la pollution ? L’air est-il vraiment plus pollué à Paris qu’à Lille ? Plus pollué à Turin et Madrid qu’à Berlin et Londres ?

De fortes disparités et un niveau de pollution supérieur aux recommandations de l’OMS

Pour comparer le ressenti des Européens à la pollution de l’air réelle, nous avons utilisé l’indice « Plume Labs » de qualité de l’air. Il agrège les niveaux de dioxyde d’azote, d’ozone et de particules. Selon cet indice, 20 est la valeur maximale recommandée par l’OMS. Les grandes villes d’Europe affichent des valeurs comprises entre 25 et 45. Elles sont donc exposées à un niveau de pollution dangereux pour la santé.

Pollution indice Plume

Sur le graphique ci-dessus, on constate que les villes françaises font partie des plus polluées d’Europe de l’Ouest. 3 des 5 villes les plus polluées sont françaises : Paris, Marseille et Lille.

Plus généralement, on constate de fortes disparités quant au niveau de pollution des grandes villes européennes. Justifient-elles les écarts de satisfaction quant à pollution constatés précédemment ?

Une sous-estimation globale du risque, peu conforme à la pollution réelle

Le graphique ci-dessous montre une distance entre la pollution perçue par les sondés et les niveaux de pollution fournis par Plume Labs.Pollution réelle

Le décalage entre pollution perçue et pollution réelle est évident :

  • La pollution de l’air est un risque sous-estimé : l’insatisfaction est faible à des niveaux de pollution pourtant nettement supérieurs au seuil de 20 indiqué par l’OMS.
  • Le niveau de pollution affichée à Paris et Marseille est 2 fois supérieur au seuil fixé par l’OMS, pourtant seulement 1 Marseillais sur 2 est inquiet contre près de 7 Parisiens sur 10
  • Bordeaux est plus pollué que Barcelone, mais seulement 1 Bordelais sur 3 s’en préoccupe contre 2 Barcelonais sur 3
  • L’air que respirent Madrilènes et Londoniens est tout aussi pollué, mais les premiers le ressentent beaucoup et les seconds nettement moins

Un monde inégal face à la pollution

pollution réellepollution réelle

En 2013, un sondage de Greenpeace a établi que 71% des Pékinois étaient insatisfaits de l’air qu’ils respirent. La pollution de l’air préoccupe donc autant les Parisiens que les Pékinois, alors que l’air est 5 fois moins pollué et la pollution de l’air nettement moins mortelle à Paris qu’à Pékin.

Comment expliquer ce décalage entre pollution réelle et perçue ?

Plusieurs facteurs peuvent expliquer les écarts constatés entre pollution ressentie et pollution réelle :

  • L’imprécision et la disponibilité des mesures de pollution dans les villes : la mesure de pollution est délicate, le maintien d’un système de mesure fiable est coûteux
  • Le biais potentiel du sondage sur la perception des Européens quant à la pollution de l’air
  • Les cultures propres à chaque région et ville d’Europe et les politiques locales de sensibilisation et de lutte contre la pollution
  • L’expérience des populations dans leur quotidien : prévalence de maladies respiratoires, accès aux soins
  • Le biais potentiel entre l’expérience vécue dans la rue, où les gaz d’échappement indisposent, et la pollution réelle à l’échelle de la ville, dont les émissions automobiles ne constituent qu’une partie

Ces résultats montrent une méconnaissance de la pollution réelle par les citoyens européens, qui va dans le même sens que le sondage Harris Interactive de 2013, dans lequel les citoyens de tous les pays se disent mal informés sur la qualité de l’air dans leur logement. L’achat d’un purificateur d’air peut permettre d’avoir une meilleure qualité de l’air dans votre logement.