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4èmes Assises nationales de la qualité de l’air

Les 9 et 10 octobre se tenaient les 4èmes Assises Nationales de la Qualité de l'Air, organisées conjointement par l'ADEME et le Ministère de la Transition Écologique et Solidaire. En voici un compte-rendu en mode télégraphique !

Trois représentants de l'Etat ont d'abord pris la parole pour exprimer les ambitions de l'Etat dans le domaine de la qualité de l'air.

Olivier David, chef de service des risques sanitaires liés à l'environnement au ministère, commence son intervention en voulant marquer les esprits : pendant les deux jours des Assises, il y aura en France 300 morts prématurées causées par la pollution de l'air. La pollution provoque des maladies cardiaques, cérébrales et des cancers. Le coût pour la société est de 70 à 100 milliards d'euros par an.

Les normes de qualité de l’air restent dépassés dans de nombreuses agglomérations françaises. D’où une saisie par l’Europe qui a été largement communiquée. Un pacte d’engagement vient d'être signé par le ministre de l'Environnement et les élus des 15 grandes agglomérations française. Ce pacte porte des engagements de réduction d’ici fin 2020. Les actions seront menées au travers des plans territoriaux car les collectivités disposent des compétences déterminantes pour agir. Les transports sont particulièrement ciblés : mise en place de ZFE ; objectif de "verdir" le parc automobile ; aides financières de l’état aux zones ciblées dans les 15 agglomérations, pour un total de 35 millions d'euros.

Philippe Bodenez, chef de service du climat et de l'efficacité énergétique, a pris la parole concernant la qualité de l’air intérieur. Lui aussi commence par quantifier le sujet en terme de morbidité : plusieurs milliers de décès par an, un coût de 19 milliards d'Euros par an pour la société. L’accent est mis sur l'information et la sensibilisation du public. L'OQAI (Observatoire de la Qualité de l'Air Intérieur) est là pour informer le public.

On s’efforce également d’interdire ou étiqueter les produits ménagers et produits de construction émetteurs de substances toxiques. Il y a une spécificité de la pollution intérieure. Les actions lancées concernent également l’amélioration de la connaissance sur les produits polluants (études commandées au CSTB).

Un plan d'amélioration d’une vingtaine d’actions a été lancé, concernant l’habitat et les bâtiment accueillant du public en priorité. Le plan de surveillance et amélioration dans les crèches et les écoles est lancé depuis janvier 2018. Un autre va suivre pour les établissements scolaires du secondaire. Ainsi qu’un plan de surveillance du réseau ferroviaire souterrain. Le décret 2017 concernant les produits odorants à combustion (les bougies notamment) devrait bientôt être mis en oeuvre.

Arnaud Leroy, président de l’ADEME, porte le message qu'il ne faut laisser aucun secteur de côté car les transports ne sont pas la seule source de pollution. Toutes les sources doivent être améliorées. Par exemple, les ports français ont besoin d’un plan de réduction des émissions ; la qualité de l’air des activités agricoles doit également être mise sur la table ; le fonds Chaleur de l'ADEME permettra d’agir sur les systèmes de chauffage. Concernant la qualité de l'air intérieur, les labels sur les émissions des produits ménagers ou de construction sont en cours d’audit par l'ADEME pour bien comprendre la réalité des améliorations réalisées sur les émissions de polluants.

En conclusion, la qualité de l’air fait partie des préoccupations majeures des français. Il s'agit d'un problème de santé publique, il faut agir et il faut des budgets pour cela. Beaucoup de travail a été fait au niveau européen, qui a entraîné la France à réagir. Les représentants de l'Etat expriment tous la pleine acceptation de l'ampleur du problème de la pollution de l'air intérieur et de la pollution de l'air atmosphérique, et affichent beaucoup de volonté pour réduire la pollution de l'air. Ils ont présenté le paysage des actions existantes et démarches en cours. Espérons que les résultats suivent !

Le député Jean-Luc Fugit vient d'être nommé président du Conseil National de l’Air. Scientifique en chimie de métier, sa thèse de doctorat a porté sur la question de l’ozone dans le bassin méditerranéen. Membre des 18 scientifiques députés, membre du Conseil National de la Transition Écologique, il est missionné par le gouvernement pour faire évoluer la politique de l’air en France et réfléchir à comment l’organiser.

Solange Martin, sociologue à l'ADEME, présente les résultats d’une étude sociologique menée en septembre 2018 sur ce que pensent les Français de la qualité de l'air.

La qualité de l’air est depuis longtemps dans le triptyque des préoccupations environnementales des Français. Néanmoins ce sujet semble prendre progressivement de l'importance dans l'esprit des citoyens :

  • 59% des Français trouvent que la qualité de l'air est bonne, soit 10% de moins qu'un an auparavant ; le fait qu'une majorité trouvent encore la qualité de l'air bonne n'est pas surprenant sociologiquement, car la qualité de l’air est un sujet anxiogène, on ne peut pas y échapper, on préfère donc l’occulter.
  • Les différences de perception sont importantes dans les populations : 40% des parisiens trouvent que la qualité de l’air est bonne, soit nettement moins que la moyenne nationale.
  • Cependant seulement 40% des Français trouvent que la qualité de l’air est bonne "près de chez eux" !
  • Il reste encore de la pédagogie à faire pour que les Français soient conscients des sources de pollution :

  • 50% des français sont étonnés que le chauffage au bois soit polluant, et 10% n’y croient pas !

    Le frein de la prise de conscience des enjeux de la qualité de l'air réside dans l'absence de représentation sociale de la pollution de l'air, qui est difficilement perceptible. Alors que les critères de qualité de l'air fixés par l'OMS sont respectés dans peu d'espaces en France, la perception sensorielle n'est pas au rendez-vous :

  • 1 Français sur 3 déclare avoir été gêné par une mauvaise qualité de l'air intérieur, 1 sur 2 par une mauvaise qualité de l'air extérieur.

Les lieux dont la qualité de l'air inquiète les Français sont ceux où elle est perceptible (les transports), et là où elle concerne les enfants :

L'information vraiment nouvelle de cette étude est celle-ci : les français sont de plus en plus prêts à accepter des mesures contraignantes pour améliorer la qualité de l'air. Notamment, l’interdiction permanente des véhicules les plus polluants serait acceptée par 54% des Français, et même plus de 60% des habitants des grandes villes.

Les Français sont aussi de plus en plus conscients des pollutions intérieures, avec en tête les produits d’entretien, diffuseurs de parfum mais aussi air extérieur à 30%.

Les micro-capteurs : quelle performance, quel usage ?

Un panel d’experts tâche de répondre à cette question. Eva Leoz, directrice du Laboratoire Central de Surveillance de la Qualité de l'Air, présente des travaux d'évaluation de micro-capteurs réalisés par son laboratoire. Par micro-capteur, on entend un appareil de petite taille, connecté, effectuant la mesure d'un ou plusieurs polluants de l'air. Il en existe plusieurs sur le marché, et l'offre se développe. Aujourd’hui, les micro-capteurs ne répondent pas aux exigences de précision pour les mesures de référence demandées notamment par les organismes publiques. Cependant ils offrent des possibilités nouvelles :

  • Ils permettent un déploiement large et un usage mobile et ainsi permettent de construire des cartes de la pollution qui peuvent servir à l’identification de sources.
  • Ils permettent de sensibiliser le public en leur donnant un moyen d'accéder à une représentation de la pollution de l'air.

Les limites de précision de leur capteurs, leur dérive dans le temps, leur sensibilité aux paramètres environnementaux (température, humidité, vent), sont autant de limites d'usage, que les fabriquants s’efforcent de corriger par des traitements algorithmiques. Nous ne sommes encore qu'à l'aube de la généralisation de micro-capteurs de qualité de l'air réellement fiables.

Leur capacité à servir de porte d'entrée du public à la qualité de l'air est néanmoins réelle, comme l'illustre une expérimentation à Rennes menée d'abord en air extérieur, puis dans des écoles.

A Aix-les-bains, l'utilisation de capteurs de CO2 a également été fructueuse pour matérialiser le besoin d’aérer les salles de classe et mettre en place une stratégie d’amélioration du confinement : en utilisant un capteur avec voyant tricolore (rouge = ouvrir), l'enseignant et les élèves se sont pris au jeu d'aérer la salle de cours. Néanmoins des consignes de type « planning d’ouverture des fenêtres » donnent presque d'aussi bons résultats de réduction du confinement des salles de classe ...

Le panel suivant a présenté des études de cas intéressantes.

Notamment cette cartographie de la qualité de l'air dans la région de Genève (le Grand Genevois) : à gauche la vision suisse (basée sur les critères de l'OMS), à droite la vision française, basée sur les règles européennes plus permissives. Où l'on constate que la graduation du thermomètre influe évidemment beaucoup sur la perception de la gravité du problème !

[Note de l'auteur : chez TEQOYA, nous faisons plutôt confiance aux critères de l'OMS, moins tributaires du jeu d'équilibriste entre ce qui est souhaitable et ce qui est réaliste ...]

Rémy Slama, épidémiologiste de l'INSERM-CNRS, présente le projet MobilAir mené par l'université de Grenoble Alpes. Il met en avant qu'il faut viser de respecter les règles de l'OMS, plus strictes que celles appliquées par l'Europe. L'OMS met l'accent sur les valeurs moyennes annuelles de pollution plus que sur les pics, et c'est bien cette pollution moyenne qu'il faut suivre et réduire.

L'activité maritime et fluviale a fait l'objet de plusieurs vidéos et présentations intéressantes. Les ports sont l'objet d'une pollution élevée. Les navires sont d'énormes sources de particules. Le secteur maritime n'est pas réglementé. Un groupe de travail réunissant des armateurs, des associations, l'Ademe vise à évaluer la possibilité d'une réglementation internationale. Les armateurs se disent conscients du problèmes et prêts à faire des efforts. Les transporteurs maritimes viennent de s'engager à migrer leur parc de motorisation vers le GPL.

L'atelier sur la Qualité de l’Air Intérieur a été l'occasion de présentations passionnantes.

l était animée par Andrée Buchmann, présidente de l’OQAI (Observatoire de la Qualité de l'Air Intérieur), créé pour mieux connaître la pollution intérieure, ses origines et ses dangers, notamment grâce à des campagnes de mesures. La pollution de l'air intérieur est à la fois différente et supérieure à la pollution de l'air extérieur et doit faire l'objet d'une acquisition de connaissances dont l'OQAI est en charge. Les études mandatées par l'OQAI sont souvent (mais pas exclusivement) réalisées par le CSTB (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment).

La première présentation par David Garon de l'Université Caen Normandie concerne la contamination fongique dans les logements :

  • Nous passons 67% de notre temps "à la maison".
  • 14 à 20% des logements sont atteints par les moisissures ; 10 à 50% des logements français sont trop humides.
  • L'humidité mène au développement de moisissures qui émettent des spores et des mycotoxines (qui ont des effets variés, allergiques ou cancérogènes).

  • Les moisissures diffusent dans l’air de toutes les pièces du logement contaminé et se manifestent par la présence de particules de 2 à 15 microns.
  • 155 espèces de moisissures ont été identifiées lors des études terrain.
  • Bonne nouvelle ! La présence de mycotoxines est très rares.
  • En croisant les données, il a été établi que les troubles respiratoires sont corrélés à la présence des moisissures.
  • Principaux symptômes recensés dans les logements en présence de moisissures : nez bouché, troubles respiratoires, troubles cutanés, mais aussi troubles du sommeil !
  • Le taux de particules entre 2 et 15 microns apparaît comme un bon marqueur de contamination fongique dans un logement.

Les résultats de l'étude psychologique NUDGAIR sont présentées :

  • L'olfaction et la vue dominent l'appréhension de la qualité de l'air intérieur. On aère à cause d'une mauvaise odeur ou à la vue d'une litière de chat. En matière d'air, il est plus souvent question de gêne (mauvaise odeur) que de plaisir (bien-être lié à un air de qualité). Il y a une confusion entre l'odeur et la qualité de l'air.
  • La pollution de l'air intérieur est moins perceptible que celle de l'air extérieur (bus, diesels...). Le foyer et la montagne sont perçus comme deux sanctuaires d'une bonne qualité de l'air.
  • La nature est associée à l'idée de pureté. Ainsi les encens "naturels" et les huiles essentielles sont perçus comme purifiants (ce qui est loin d'être le cas).
  • L'absence de possibilité de contrôle agit comme un frein à l'évolution des comportements. On préfère se mettre en colère contre les industriels considérés comme les responsables. On n'identifie pas la qualité de l'air intérieur comme un poste de dépenses à faire entrer dans le budget du foyer.
  • En conclusion, la qualité de l'air intérieur est beaucoup moins perçue comme un facteur de vulnérabilité que l'air extérieur. L'air intérieur est associé au bien-être et au confort. Ces représentations mentales sont un frein à la prise de conscience du problème et à l'évolution des comportements.

Le projet PEPS vise à quantifier l'impact des produits d'entretien sur la qualité de l'air intérieur, menée par le CSTB et l'INERIS.

  • 33 produits ont été évalués, dont 27 produits manufacturés et 6 produits "fait-maison".
  • Les mesures d'émission de COV ont été effectuées en conditions contrôlées, et en faisant varier les conditions environnementales et les conditions d'utilisation.
  • Globalement, la plupart des produits sont faiblement émetteurs de COV, cependant quelques-uns sont fortement émetteurs, en particuliers les nettoyants vitre ou sol et les vaporisateurs multi-usages. La présence d'huiles essentielles est la cause principale d'émissions de COV élevées. Les huiles essentielles sont peut-être naturelles (encore que c'est rarement le cas de celles qu'on trouve dans le commerce ...) mais elles émettent une quantité élevée de COV.
  • Le fait qu'un produit soit industriel ou fait-maison n’influe pas sur sa toxicité : si le fait-maison contient une huile essentielle, il peut être fortement polluant.
  • Les données toxicologiques sur les COV identifiés dans ces produits manquent aujourd'hui pour évaluer la toxicité des produits.

Claire Dassonville présente pour terminer une belle étude menée dans les écoles, terminée récemment :

  • Les mesures terrain ont duré 5 ans, de 2013 à 2017 ! 300 établissements et 600 salles de classe ont fait l'objet de mesures, pour constituer une base de données d'une richesse rarement atteinte dans le domaine de la qualité de l'air !

  • L'état de qualité de l'air a été évalué (polluants gazeux et particulaires), mais aussi les dépôts de métaux, les moisissures, l'état des systèmes de chauffage et ventilation, et les conditions de confort thermique, acoustique et olfactif.
  • Il existe un lien entre qualité de l’air, santé, bien-être et qualité des apprentissages et absentéisme des enseignants.
  • Les particules ressortent de cette vaste étude comme le principal facteur de pollution dans les salles de classe, la plupart (93%) se situant nettement au-dessus du critère de l'OMS :

  • Une douzaine de COV se trouvent très couramment dans les classes, dont les aldéhydes légers et les aromatiques les plus courants :
  • Néanmoins aucun d'entre eux, dans aucune des classes mesurées, ne dépasse les valeurs limite réglementaires, et seuls le formaldéhyde et le benzène dépassent, dans 15% des classes environ, les valeurs guide réglementaires :

  • Pour terminer, certains COSV (composés organiques semi-volatils) sont couramment rencontrés dans l'air des salles de classe, notamment les phtalates (que l'on trouve dans les produits de construction et d'entretien), les HAP et certains PCB (qui sont désormais interdits et devraient tendre à disparaître) :

En conclusion, cette étude dans les écoles a permis de constituer une base de données importante sur la pollution dans les salles de classe, et les conclusions de ces mesures sont relativement positives concernant les COV. Les particules et les COSV sont les principaux polluants dans ces espaces.

[Note de l'auteur : in fine, le CO2 pourrait bien être le principal polluant des salles de classe, puisqu'il dépasse couramment les 1500 ppm et que ses impacts sur le bien-être mais aussi les performances cognitives ont de plus en plus reconnus !]

L'OQAI va bien sûr poursuivre ses travaux, les prochains milieux étudiés seront les EHPAD et les lieux d'accueill des handicapés.

C'est fini pour cette édition ! En espérant que ce compte-rendu vous soit utile :)

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